Titre도가니 Les enfants du silence
AuteurGONG Ji-young
GenreRoman
TraductionLim Yeong-hee avec la collaboration de Lucie Modde
ÉditionsPicquier
Parution2020

L’auteur

Gong Ji-young est née en 1963 à Seoul, c’est une autrice engagée qui donne la voix aux plus faibles. C’est une romancière très respectée et très lue. Lorsque que le film « Silenced » (tiré du roman) est sorti en 2011, elle a fait l’objet d’une enquête à la demande du parti conservateur Grand Parti National. Gong Ji-young est aussi impliquée dans le combat de l’égalité homme-femme.

L’autrice dit, du travail d’écriture de ce roman :

Pendant la rédaction de ce livre, je suis tombée malade à de nombreuses reprises, ce qui ne me ressemble pas. À chacune de mes relectures, je restais alitée plusieurs jours de suite, abattue par la fièvre.

p.280

L’histoire 

Cette histoire se base sur des faits réels. L’autrice relate ici, l’enfer vécu par des enfants handicapés, victimes de la barbarie des responsables de leur école pendant une période allant de 2000 à 2005. En 2005, c’est un enseignant fraîchement arrivé qui dénoncera les faits.

Mon avis 

Je n’aime pas lire un livre après avoir vu son adaptation cinématographique, mais il était inconcevable, après avoir attendu si longtemps, de ne pas lire ce livre, enfin traduit en français.

Je craignais que mon esprit ne fasse des aller-retours entre les images du film et le livre, mais il n’en a rien été.

Tout d’abord parce que l’angle d’écriture de ce livre et le choix de la narration est plutôt une approche originale, il évite la dimension « enquête et témoignages » ou le style journalistique, qui aurait privé le lecteur de la dimension psychologique, qui fait la puissance de cette écriture.

Le choix de la ville de Mujin, perdue dans le brouillard, rajoute à la dimension glauque de ce roman, et pose les premiers éléments du décor de cette tragique histoire.

Le roman se découpe en moments, et permet à l’autrice d’approfondir la personnalité de chacun des protagonistes, de les décrire et de sonder leurs âmes, d’exposer leurs sentiments, leurs doutes et leurs certitudes. Elle offre aussi aux victimes et aux familles, une place qui leur a longtemps été refusée, et elle leur donne la voix, celle qui leur a cruellement manquée.

L’autrice se contente de décrire, par la voix du narrateur, ce que des humains peuvent faire subir à d’autres humains : violence, humiliation. Elle relate les faits, elle décrit les douleurs, les émotions crues.

La description du moment du recueil des témoignages est un des moments forts de ce roman. Le lecteur sentira le malaise de l’interprète, la détresse des adultes présents, la sidération et le goût de fiel qui remonte dans la gorge.

Le visage de l’interprète se fige et il s’interrompt. Yuri, impassible, se remet à mâcher bruyamment. Tout le monde regarde l’interprète, qui fixe son ami de lycée, à deux doigts d’éclater en sanglots. La haine et l’horreur qu’on lit sur on visage montrent qu’il est à bout. Ses lèvres se mettent à trembler.

p.107

Il aurait été facile d’opposer la naïveté des enfants à l’attitude machiavélique des bourreaux, mais cela aurait été sans intérêt. La force de ce roman, c’est de décrire tout un chacun avec ses faiblesses, ses doutes et ses incertitudes.

Inho est de ceux-là, il n’a pas de conviction, c’est un mari moyennement fidèle, un père moyennement présent, qui a pris ce poste à Mujin parce que c’est sa femme qui le lui a trouvé. Il n’attend rien, enfin si, il veut toucher son salaire à la fin du mois. Il a appris la langue des signes pour pouvoir communiquer, à minima, avec les élèves. Mais lorsque ses élèves lèvent vers lui un regard confiant, Inho ne détourne pas les yeux et lorsqu’il entend les cris, il ne passe pas son chemin, parce que ce jour-là pour Inho.

Un doute l’étreint soudain : vit-il bien au XXIe siècle en Corée du Sud ? S’appelle-t-il Kang Inho ? Rien n’est moins sûr »

p.105

À sa femme qu’il l’exhorte à ne pas se mêler de cette histoire, il dira

Je ne peux pas laisser faire ça sans rien dire. Même si je devais quitter Mujin, je continuerais à dire non à tout ça. Non, non et non !

p.159

Yujin quant à elle, incarne la femme de conviction, engagée et volontaire. L’avis des autres et les conventions lui importe peu, mais ses certitudes vont vaciller un instant ce jour-là.

Yujin à l’impression de perdre la raison, sa voix part dans les aigus et le rouge lui monte aux joues.

p.103

Puis il y a ceux qui nient l’évidence, ceux qui tentent de justifier, de dénigrer ou d’oublier. Le prêche du pasteur est édifiant .

Je dirai : «  Je vous jure au nom du Ciel, qu’ils ne sont pas du genre à commettre de telles horreurs ni même un délit de moindre importance. Vous pouvez m’accuser d’être hypocrite, mais pas eux. Ils seraient tout bonnement incapables d’un tel crime !

p.149

Et que dire du pouvoir de l’argent qui permet de faire taire, des relations poreuses entre les autorités publiques et les institutions, les arrangements entre amis et la paresse des pouvoirs publics. Rien dans ce roman n’est oublié, il ne sera rien épargné au lecteur, qui sera le témoin indirect de cette lutte du pot de fer contre le pot de terre.

Il y aura aussi ces moments lumineux offerts par ces enfants dans les pires moments. Inho se souviendra longtemps de ces mots écrits par une de ces élèves.

Cher professeur, merci d’être venu vers nous.

p.164

Mais la phrase que je retiendrais de ce roman est la suivante :

Le seul défaut de la vérité est quelle est paresseuse. Forte de sa prétention à être la seule et unique, elle expose son corps tel qu’il est et ne cherche aucunement à s’embellir et à séduire son public. Aussi est-elle parfois incohérente, défie-t-elle la raison et nous met-elle souvent mal à l’aise.

p.155

Une mention spéciale aux traducteurs qui ont fait un travail admirable. La justesse du texte est la force incontestable de ce roman.

Chers lecteurs, ne détournez pas votre regard, continuez votre lecture malgré tout et accompagnez ces personnages jusqu’au bout, vous ne le regretterez pas.

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